Hommage à BLEK le ROC

J’avais réalisé ce dessin pour la superbe encyclopédie des Bandes Dessinées de Gérard THOMASSIAN, le tome consacré à KIWI des éditions LUG…
C’était surtout un clin d’oeil à l’ami Jean-Yves MITTON qui dans sa jeune trentaine a dessiné quelques 27 épisodes et encore plus de couvertures des aventures du « GRAND BLEK »…

Pour ma part, je n’étais pas un grand fan de cette série…J’en connaissais bien le dessin, du studio italien ESSEGESSE (un trio de dessinateurs SARTORIS, GUZZON, SINCHETTO)…J’avais vu plusieurs fois leur style dans des publications françaises, et lu avec un certain plaisir mêlé de crainte ,une de leurs premières séries KINOWA, paru dans le journal HEROIC, un western prenant, avec un héros, pas si positif, un scalpeur d’indiens à masque de démon à la Fantômas, assez terrorisant…Le scénario n’était pas d’eux, C’est peut-être pour cela que c’était, pour moi ,leur meilleur, et il y avait un soin de débutants sur les dessins…Leur série suivante fut les « Aventures de MIKI le RANGER »..Dans RODEO…Là aussi, ou inspiré par le trio de héros de KINOWA, ou par leur propre triplette, il s’agissait aussi d’un trio vedette, ce qu’ils ont repris toute leur carrière avec BLEK, ROWDY et OCCULTIS et avec le trio de COMMANDANTE MARK….Leur style encore assez joli dans MIKI, s’affadissant, jusqu’à devenir de la soupe avec MARK…

Mais si on peut regretter, toutes les licences et affabulations du « GRAND BLEK », le peu de respect historique du contexte…(sur la même période les italiens ont réalisé des BD superbes…GORDON JIM de D’AMY, IL FORTINE SULL’HUDSON de D’ANTONIO, LE LOUP BLANC de POLESE sans parler de PRATT et tant d’autres),il faut reconnaître que « IL GRANDE BLEK » grâce à ses excès mêmes, a fait gamberger l’imagination de toute une jeunesse et a été un incontournable succès dans toute l’Europe….Succès tel que les Italiens ne pouvant plus fournir ont autorisé bon nombre de pays à créer leurs propres aventures du « GRAND BLEK » ainsi l’ami MITTON et ses collègues de LUG, lui ont inventé une jeunesse bretonne et essayé de l’encrer dans une réalité révolutionnaire qui l’amène tout droit à la révolution Américaine…

Ce « BLEK le ROC » de Jean-Yves, m’a fait un jour réaliser à quel point un animateur radio/TV pouvait être un pauvre type !!!!..Nous avions (surtout Jean-Yves) eu le grand prix d’un défunt festival BD à JUAN les PINS, pour VAE VICTIS…Le lendemain, lors de son émission « d’humour » le dit- présentateur tint à peu près ce language, très « Parigo-tête de veau » « Vous vous rendez pas compte , il y a dans cette province reculée, des attardés qui ont donné un prix au dessinateur de Blek le Roc, avec tous les super auteurs que nous avons, ils ont donné le prix de la ringardise !!! »  Il ne s’agissait en rien de BLEK, mais même, crétin ignare,ringard ou pas, ce fut le héros de toute une jeunesse populaire…

Il y a peu, en Italie, l’intégrale des « GRANDE BLEK » a été rééditée avec des couvertures formidables de dynamisme et respect graphique du contexte historique de CORRADO MASTANTUONO..On se prend à rêver que le contenu soit aussi beau que les couvertures..Hélas pour moi..Mais BLEK conserve ses fans !!!

Hommage à TIBET

Il y a quelques années, suite au décès de TIBET, j’avais réalisé cette illustration en A3, sur ma vision du quatuor de héros des aventures de CHICK BILL…Clin d’oeil au passage à mon quatuor de COLORADO…

La reproduction sur l’album du GANG était à l’image de leur production, on n’en dira pas plus…
J’avais entendu parler de CHICK BILL avant même de faire sa connaissance dans TINTIN…Un jeune copain Belge, vacancier d’été, nous en parlait..Evoquait de superbes petits albums que nous ne connaissions pas, il nous parlait de ces quatre héros, et nous faisait jouer à leurs aventures..Lui, se réservant le rôle de CHICK BILL, j’aurais bien aimé être l’indien PETIT CANICHE, mais il me disait que j’avais plutôt le caractère de DOG BULL !!! un petit copain plus naïf était pour lui le parfait KID ORDINN….
Un peu plus tard, j’ai un jour vu dans une librairie un de ces albums cartonnés, carrés à dos rouge..Horreur, les héros westerns que le Belge décrivait étaient des semi-animaux à tête de chien, les peaux rouges étaient des vautours ,etc…
Ce n’est qu’une ou deux années plus tard avec la parution de « L’Etrange Mr CASIMOTO » et « KID ORDINN le rebelle » conjugués à la parution en feuilleton dans TINTIN des « DIABLE à QUATRE » que je connus le CHICK BILL tel qu’il a perduré des années…
En effet, je reconnaissais le dessinateur TIBET..C’était les personnages d’EL MOCO LE TERRIBLE, PAT RICK et MASS TICK, le dessinateur de GLOBUL le martien et de tas d’autres petits récits de TINTIN…
J’ai côtoyé plusieurs fois TIBET sur des festivals, mangé à côté de lui..Je lui ai raconté ce plaisir de jeunesse de CHICK BILL, mais évoquer CHICK BILL le rendait maussade..Peut-être parce que la série n’a pas eue le même succès que RIC HOCHET…?? Sans doute un western comique a opposer au LUCKY LUKE (sous la férule de GOSCINNY à l’époque) était un pari trop ardu, malgré des scénarios de GREG….
Une chose rendait TIBET particulièrement furieux, j’avais eu le malheur d’évoquer ces premiers albums carrés de la collection du Lombard, leur rareté, et leurs gros prix de côte..Il fulminait sur les vautours spéculateurs qui tournoient autour de notre métier et qui profitaient de ces fortes côtes alors que lui touchait des nèfles sur cette série…
J’aurai rêvé d’un western plus réaliste de TIBET, à la manière d’un RICOCHET, le bonhomme aurait pu tout faire..Mais tel quel CHICK BILL reste un de mes bons souvenirs d’enfance..

L’indien Français

Scénaristes :
René Durand : Tomes 1 à 8
Georges Ramaïoli : Tomes 6 à 8
Dessins : Georges Ramaïoli
Coloristes:
Tomes 1 à 4 : Quadrichromie
Tome 5 : Jean-philippe Bergeret
Tomes 6 à 8 : Georges et Daniele Ramaïoli
Editeur : Glénat (tomes 1 à 7) – Soleil (tome 8)
Série terminée.
Petites particularités :
La mort de Sauveur Pages, personnage principal de cette
série, est racontée dans les dernières pages du dernier tome de la série Zoulouland :
« Dernière révolte ».
Il est à noter la participation de l’épouse de Georges Ramaïoli, Daniele, à la colorisation des tomes 4 à 8.

Pour voir les dédicaces de L’indien Français  Cliquez ici

Pour voir des illustrations de L’indien Français Cliquez ici

Festival de Mars 2018

20 ème Anniversaire du Festival D’IGNY….

J’étais au premier, et j’ai eu l’honneur de faire l’affiche du suivant, et de pouvoir y faire inviter le plus de copains possible, la plupart de ceux qui travaillaient avec moi à l’époque..

A l’occasion seront mis en vente 4 petits originaux…

Si vous venez me voir, soyez gentils..pas de vieilleries..Vieux albums de solde, rebuts, nids à poussières de bibliothèque, etc…

 

La saga de bas de cuir

Scénario : Georges Ramaïoli (d’après le roman de James Fénimore Cooper)
Dessin : Georges Ramaïoli
Couleurs : Jocelyne Charrance

Pour voir les dédicaces de La Saga de Bas de cuir   Cliquez ici

Pour voir des illustrations de La Saga de Bas de cuir Cliquez ici

Pour voir les couvertures de La Saga de Bas de cuir Italienne Cliquez ici

Pour voir des retouches d’images de La Saga de Bas de cuir Cliquez ici

La saga de Bas de cuir Réédition :

Couleurs retouchées par Georges Ramaïoli

 

 

Hommage à Jean Giraud

JEAN GIRAUD – 1ème partie

Dans les années 70, alors que le jeune Georges Ramaïoli tente de faire de la bande dessinée son métier, une rencontre providentielle avec Jean Giraud va lui permettre de faire ses réels débuts en tant qu’auteur professionnel.

Un an après la disparition du créateur de Blueberry, Georges Ramaïoli nous raconte cette rencontre inoubliable :

« Été 1972…
Après quelques expériences plutôt décevantes…Presse régionale,  publicitaire, fanzines et Tahiti, je n’envisageais plus guère de faire  de la BD encore moins d’en faire une carrière et me résignais à me morfondre à  faire l’ingénieur !!!!

Quand je vois un article dans « Nice Matin »…Deux dessinateurs de BD DRUILLET et GIRAUD dédicaceront à NICE Samedi… Aujourd’hui, ça semblerait d’une banalité…En 1972, c’étaient les premières dédicaces BD…Quelques très rares auteurs invités au festival du Livre de Nice et encore qui, la plupart du temps ne dessinaient pas, signaient seulement… Jean GIRAUD à NICE !!! Quel choc pour moi admirateur inconditionnel de JIJE qui avais vu apparaître à ses côtés un jeune GIRAUD puis naître BLUEBERRY dans PILOTE…Moi qui faisais le mur de la caserne tous les mercredis pour lire (sans avoir le moindre sou pour l’acheter) PILOTE au tabac du bled où j’étais cantonné, la suite de « GÉNÉRAL TÊTE JAUNE ».

Donc le phare absolu de la BD western venait à NICE…
Oser lui montrer mes dessins ??? J’ai hésité 1H sur le trottoir de la rue DALPOZZO devant la librairie « La ROBOTHEQUE » tenue par MICHEL GAUDO qui depuis est devenu un ami et plus un voisin immédiat dans mon village désormais…Il y avait une file assez conséquente devant DRUILLET et même mon ex prof de dessin du lycée (j’ai pensé quel crétin, devant Druillet !!) et DRUILLET qui n’avait pas encore le melon à cette époque n’arrêtais pas de dire « Mais le BON, ce n’est pas moi. C’est  LUI, à côté !!! »…En effet Jean n’avait pas foule..2 ou 3 personnes…
Après tant d’atermoiements, j’ai demandé à Michel si je pouvais  montrer mon carton à GIR… »Oui !! mais ne prends pas le temps des  clients » Jean a été très gentil… »Ouais. Il y a quelque chose…Mais là, je n’ai pas grand temps pour bien détailler. Viens demain à la villa où nous sommes en vacances, et on en parlera mieux ». Et il me donne leur adresse à SAINT- JEAN CAP FERRAT…

Le rêve….

Le lendemain ayant rajouté d’autres merdouilles dans mon carton à dessin, je me suis pointé à St Jean…Un gamin rachitique m’a ouvert… « Ah ! c’est toi le petit nouveau !!! » C’était DIONNET, je ne savais absolument pas qui il pouvait être… »Je viens voir GIRAUD ». Il y avait là DRUILLET et son épouse, GOT et la sienne je crois et au plus bas Jean qui travaillait…DRUILLET me dit aussi  » Ah c’est toi, montre !!! ». Tu t’inspires de BURNE HOGARTH comme moi ? ».

« Euh. Pas vraiment…Peut-être un peu pour les anatomies ? » Je ne voyais pas non plus l’apport de HOGARTH chez lui. » Viens voir mes trucs !! » Et il me montre des planches géantes de DELIRIUS, je pense. Spectaculaire mais…. C’était gentil comme démarche. Et moi comme un butor, balourd, qui n’aimait pas trop ce qu’il faisait je lui dis « Ouais ! Bof ! Mais je viens voir GIR !!! »…
Finalement je descends voir Jean. Et j’ai passé une grande partie de l’après-midi avec lui. Lui montrant mes merdouilles, écoutant ses critiques et conseils. Lui racontant mon parcours chaotique, mes  admirations, parlant western, Ciné, BD, histoire, métier etc..

Il dessinait alors ANGEL FACE.. Impressionnant ! et il y avait sur la table quelques numéros récents de PILOTE…Avec la totale inconscience d’un gamin. Je me mets à lui critiquer des dessins…Un type à terre avec des jambes ultra-courtes sur un premier plan… Je lui dis « Si tu le mets debout, c’est un nain !!! »..Il ne s’est pas fâché et  gentiment réponds « Hé ! mais tu as l’œil » et je luis sors qu’après  quelques belles pages (c’était « BALADE POUR UN CERCUEIL ») les couleurs de  PILOTE devenaient hideuses et que ça nuisait à son dessin..
Là encore il a abondé dans mon sens. Ne sachant trop qui les avait  colorié chez Dargaud
.Quand je pense à la laideur de ce que je faisais à l’époque. Comment  pouvais-je oser mettre mon grain de sel…Mais j’ai eu une belle surprise en achetant l’album  sorti l’année suivante de « BALADE… » Jean avait rallongé les jambes du cadavre et refait une partie des couleurs de l’album…Peut-être mon involontaire et unique participation à la saga Bluebérienne.

Jean m’a donc donné tous les conseils possibles sur le matériel à  utiliser, sur les traits de cerné moins gondolants que ce que je faisais sur les chevaux « Ne les prends pas chez les dessinateurs italiens,  trop fantaisistes, ni chez moi, ils ne sont pas bons (tu parles !) prends-les chez JIJE, c’est le meilleur de tous ! »…Puis il me dit  qu’avec DIONNET et DRUILLET ils envisageaient de créer un magazine BD (le pré MÉTAL HURLANT) chez FERNAND NATHAN nommé « SNARK »…Il me  dit…J’ai une idée de western… Je te la raconte, si tu arrives à bien la dessiner on te la publiera !!!!…Le rêve se poursuivait. Il  me raconte son histoire de DUEL que j’ai baptisé plus tard « DUEL à  CHARITY ».
Je lui demande si je peux mettre WYATT EARP en place de son shérif. En lui parlant de mon envie de traiter un jour de L’OK Corral… Accord mais me dit son désintérêt pour l’historique saga des Earp. Il  paraît qu’il a changé d’avis plus tard après avoir vu « TOMBSTONE » avec Kurt RUSSELL…

Donc je rentre la tête dans les nuages et m’attelle au projet… En  contact téléphonique avec Jean remonté à FONTENAY sous BOIS..
Je dessine 5 pages de 4 bandes plutôt touffues et maladroites. Et les lui envoie… »

Ci-dessous, les 5 pages de la première version de DUEL A CHARITY.

Le scan des pages (sur papier calque) ne rend pas forcément hommage aux originaux, mais j’espère que l’ensemble reste lisible :

JEAN GIRAUD – 2ème partie

« Il me réponds qu’il y a des tas de bonnes choses mais que s’est trop serré. Et il m’envoie 10 pages de ruffs crayonnés, reprenant pas mal de mes éléments. Il me dit regretter de n’avoir pu utiliser certains dessins comme le reflet dans la vitrine du croque-morts… »

Voici les roughs par Jean Giraud:

JEAN GIRAUD – 3ème partie

Le temps que je redessine tout et encre…J’apprends par Jean et Dionnet que le projet « SNARK » capote… Mais Fernand Nathan nous indemnise quand même à moitié des sommes prévues… Je reste donc avec mon histoire finie dont JEAN me dit « signe scénario MOEBIUS » !!!

Qu’en faire ? Jean me dit : « Je te la donne. Essaye de la placer où tu peux! » J’économise pour monter à Paris…aller le voir chez lui… Deuxième aprèm avec lui, à le voir bosser. A Fontenay. Il avait des caisses pleines de photos de westerns, d’originaux, même beaucoup de planches du premier « COMANCHE » d’HERMANN… »Il me dit  » Regarde Hermann, il est meilleur que moi (tu reparles !!!) son trait est plus beau, plus fin) Sers-toi ! prends des originaux, si tu veux » et moi couillon. » Oh non ! Je n’oserai jamais… » Avec mes pages de « DUEL à CHARITY » j’ai d’abord vu Dionnet, qui assez cyclothymique, était plutôt en phase de déprime avant sa phase d’excitation de création de METAL. Puis j’ai pris RDV avec les rédactions parisiennes. La première que j’aie vue « CHARLIE » WOLINSKI qui m’a pris tout de suite l’histoire « Par pour ton dessin, mais parce qu’elle est signée MOEBIUS !!! (Un côté un peu méprisant pour le western, mais il m’en a commandé un autre plus tard pour CHARLIE.). Je lui ai dit d’accord, que je lui réservais, mais que je voudrais bien le montrer ailleurs aussi. » OK, mais n’oublie pas de le ramener ».

En fait ça intéressait tout le monde… Chez Dargaud, chez Vaillant… A cause de MOEBIUS bien sûr…Mais chose promise, « DUEL à CHARITY » est paru au SQUARE

Les planches de DUEL A CHARITY, telles qu’elles sont parues dans Charlie :

JEAN GIRAUD 4ème et dernière partie

Puis originaux perdus, volés au Square, redessinés pour GLENAT. Mis en couleurs, ça a été le départ de ma « carrière » le coup de pouce providentiel… Un merci éternel à Jean..

J’ai demandé à Jean pourquoi il faisait ça pour moi. Il m’a répondu qu’il y avait « quelque chose » dans mon dessin et même si je m’appuyais sur JIJE ou lui, ce quelque chose ressortirait toujours et serait ma marque de fabrique. Et puis, qu’un jour je ferai certainement de même pour d’autres jeunes et ainsi la chaîne continuerait !! C’était une époque bénie ou solidarité et entraide voulaient dire  quelque chose… Les anciens aidaient les débutants et où on se signalait des possibilités de boulot. Maintenant on donnerait plus facilement  des coups de couteau dans le dos ou essayer les pires vacheries pour obtenir le travail à la place de son collègue devenu rival jalousé,  méprisé ou détesté…
Grâce à Jean, je suis rentré dans ce métier dont j’avais rêvé. Il m’avait dit aussi « Si ce n’avait pas été moi, un autre t’aurait aidé! »

Mais s’il est vrai que j’ai été particulièrement bien accueilli comme un des leurs par de très grands anciens, qui plus ils étaient célèbres et talentueux plus ils étaient gentils et modestes, ça a été Jean le phare et le modèle…

Après je l’ai revu, bien sûr, mais pour « m’en sortir » il me fallait m’émanciper de cette ombre bienveillante mais trop géante, pas me perdre comme d’autres dans son style (blueberien pas Moebusien) … La dernière fois que nous nous sommes vus, dans la rue à Angoulême. Il me dit  » Tu te souviens de NOTRE truc ? il y a plus de trente ans non ? »   » Bien sûr que je me souviens, comment aurai-je pu l’oublier puisque tout a démarré avec ça, mais ce qui m’épate c’est que toi, tu t’en souviennes !!! »

Pour finir, voici la version redessinée et mise en couleur de DUEL A CHARITY, paru dans l’album « Ouest Terne » aux éditions Glénat :

Remerciements à Sébastien Pernet, pour cet article paru dans le blog d’origine.

La dédicace BD !

En ces temps de Festival d’Angoulême, ce comice mercantile qui tient plus d’une foire aux bestiaux que d’une manifestation culturelle, mais qui est le seul moment de l’année où les médias évoquent un tant soit peu le « 9ème Art »…Je voudrais revenir sur l’évolution de la dédicace de BD…

La dédicace n’est pas un dû…C’est un cadeau que fait l’auteur/dessinateur au client qui vient lui acheter son oeuvre…A l’origine, les auteurs signaient comme les littéraires pictodéficients…Puis quelqu’un (on dit que c’est FRANQUIN ?) au début des années 1970, a eu la bonne ou la mauvaise idée d’y rajouter un petit croquis d’un de ses personnages…Pendant quelques années, se furent de simples silhouettes ou profils d’un léger ou fort trait de feutre..la dédicace ne prenait guère qu’une minute, à moins que l’auteur ait eu envie d’un peu discuter avec son lecteur…

Certains de ces « lecteurs », un peu plus exigeants ont demandé des personnages en pied, à cheval, avec des accessoires ou un peu de décor…Certains ont commencé à dévoyer la chose en demandant des dessins sur feuilles libres, ou « livres d’or » avec thèmes…Prétextant qu’ils avaient les albums à la maison, ou un oubli ou je ne sais quelle excuse pour ne rien acheter et obtenir un dessin gratuit..

Au bout de quelques temps, nous (les auteurs) avons vu fleurir, ces « livres d’or » en salles des ventes, aux enchères..Les feuilles être vendues comme « originaux dédicacés »…Tout ça sur notre dos, sur un travail GRATUIT…Je dis bien gratuit car ne croyez pas que nous sommes rémunérés pour aller sur des festivals et encore moins dans des séances en librairie…Vous allez me dire  » vous touchez des droits d’auteur par albums vendus »..Et non !!! la plus grande partie des auteurs sont payés en avances de droits..Ils ne remboursent jamais ces avances (les éditeurs savent très bien maquiller les chiffres pour faire que ces avances ne soient pas remboursables), sauf énorme succès..Et il faut savoir que dès qu’il y a une commande importante de libraire, ou de festival sur des titres d’un auteur, commande inhabituelle, ces ouvrages sont placés en comptabilité chez l’éditeur en « exemplaires en démonstration » exemplaires qui ne génèrent pas de droits d’auteur..Et ne parlons pas des gros festivals où les auteurs sont sur des stands d’éditeur, il est évident qu’aucun décompte n’est fait pour les auteurs, tout va dans la caisse de l’éditeur…

Donc nous travaillions gratuitement pour faire plaisir au public..soit..Ni internet, ni Delcourt n’étaient encore arrivés…Dans les années 80, on a commencé à voir des auteurs, sans doute ayant besoin de se rassurer, n’étant pas très confiants en les qualités de leurs œuvres, qui pour dédicacer ont besoin de faire un spectacle, un show pour attirer, le public..Certains haranguent le passant comme des camelots..ont des tactiques de foire bien affûtées..Chacun fait ce que bon lui semble..Puis des auteurs assez confidentiels de l’écurie Delcourt ont commencé, à mettre de la couleur sur leurs dédicaces, à faire des tableaux à l’aquarelle..Certaines, je n’ose plus dire dédicaces, œuvres prenant presque une heure chacune…Ce qui fait que les gens attendent devant et l’auteur et le public ont l’impression de foule agglutinée sur certains stands.. Les  » fans » devenant de plus en plus exigeants, cette pratique s’est presque généralisée..Le petit cadeau est devenue un dessin original dont la valeur est dix fois ou même plus que celle de l’album acheté, et ne parlons pas de l’album trouvé à la brocante, chez le soldeur, ou revus de bibliothèque que les gougnafiers osent venir présenter à l’auteur pour qu’il le valorise…

La perversion du système étant là ,est arrivé internet et les sites de vente aux enchères.. Les trafiquants de « merdes de poules » maintenant pullulent sur les festivals..Ils n’ont rien à faire de l’oeuvre que vous leur proposez, leur calcul est d’investir le moins possible, venir profiter de votre travail gratuit et de faire donner le meilleur rendement à ce qu’ils viennent d’obtenir…Après chaque manifestation, malgré les philtres que je peux mettre, vous pouvez être sûrs que la semaine suivante deux ou trois de mes albums dédicacés, avec prénoms et souvent dates se retrouvent sur Ebay…Les mêmes qui ne songent qu’à faire trois sous sur votre travail, s’ils n’ont pas obtenu ce qu’ils veulent, se répandent sur les dits »réseaux sociaux » vous insultant ou insultant la qualité de votre travail ou de vos dédicaces, demandant toujours plus, toujours plus beau pour revendre plus cher…

Nous cherchons presque tous désormais à pallier à cela, à privilégier le vrai lecteur, le vrai fan de notre travail…Nous allons arriver à ce qui existe dans presque tous les pays du monde, la dédicace payante…Gratuitement vous n’aurez qu’un sibylline signature comme le font les pictodéficients…Des auteurs de grande renommée ont déjà fait appliquer les achats obligatoires et tirages au sort sur un nombre restreint..Tel auteur célèbre vends 50 € sa dédicace d’un petit profil, 100 € pour un buste, 150 s’il y a un petit arbre en décor derrière et le public se précipite…

A mon modeste niveau, je demande que les « clients » fassent un petit effort, achat sur le stand ou chez le libraire d’un album, ou d’un ex-libris…A partir de là, je veux bien faire plaisir…Je propose aussi sur des Editions originales en bon état à très bon état, un dessin un peu plus poussé, qui reste quand même du domaine du croquis et pas de l’original..Il m’arrive de travailler avec des revendeurs, le marché étant défini, autant que j’y participe plutôt qu’on le fasse derrière mon dos..En dédicace, je n’aime pas que les gens attendent trop devant moi, je n’ai pas besoin de faire semblant, de faire traîner, pour faire croire que j’attire la foule..j’essaye de faire un dessin simple au stylo à bille (ça s’abîme un peu moins dans le temps que la dédicace au feutre) avec quelques couleurs au crayon aquarelle…Ce ne sont pas des œuvres d’art, ce sont des salutations et remerciements aux lecteurs qui veulent bien s’intéresser à ce que je propose…

Je vous annoncerai les festivals auxquels je suis invité..Mais , beaucoup le savent, ne m’amenez pas de vieux albums de chez vous, d’achats de bouquinistes ou pires de trouvailles dans les vide-greniers ou dans les poubelles, je ne les dédicacerai pas..Je me trompe souvent et refoule des gens qui croient me faire plaisir en m’amenant des vieilleries..Vous me ferez plaisir d’un achat sur mon stand et j’essayerai de vous faire plaisir à mon tour…

Ci dessous, un exemple de l’évolution des dédicaces.

La terre de la bombe

 

 

Dessin : Georges Ramaïoli
Scénario : René Durand
éditeur : Glénat
Les cinq albums peuvent se lire comme des aventures
indépendantes (avec une continuité dans la série).

Pour voir les dédicaces de La terre de la bombe  Cliquez ici

Pour voir des illustrations de La terre de la bombe Cliquez ici

Pour voir le tome 6 de La terre de la bombe Cliquez ici