Interview Italienne

Interview Italienne de Décembre 2017

A l’occasion de la sortie de « BAS de CUIR »N°3  » LE LAC ONTARIO

 

Quand et pourquoi avez-vous décidé d’écrire et de dessiner les cinq Histoires de Bas-de-Cuir écrites par Fenimore Cooper dans la première moitié du XIXe siècle.

J’ai appris à lire dans les bandes dessinées, tout petit, demandant à ma Mère et à ma Grand-Mère (Italienne) ce qu’il y avait dans les ballons qui sortaient de la bouche des personnages… à 8 ans ou 9 … à la fin de l’Année scolaire, j’ai eu le prix du meilleur élève de la classe et la récompense était une belle édition du « DERNIER des MOHICANS » de J.F.COOPER…C’est le premier roman hors BD dont je me souvienne…avec de très belles illustrations..

Plus tard vers 16 ans j’ai lu les 5 romans de « BAS de CUIR » dans leur version intégrale…les romans publiés alors pour la jeunesse ne dépassaient pas 150 pages…On pouvait trouver Les 3 premiers + LA PRAIRIE , jamais le 4 LES PIONNIERS…Les romans complets font à peu près 500 pages, beaucoup plus complexes et adultes que les résumés pour la jeunesse…Au fil des années, j’ai gardé une tendresse particulière pour NATTY et CHINGACHGOOK…Vu énormément d’adaptations en BD et au cinéma. Certaines très belles, d’autres ratées…
Mais ce que j’ai toujours remarqué c’était que systématiquement les romans de COOPER étaient trahis, déformés, les fins changées…. les ambiances et costumes peu respectés…
Même dans le très beau film de Michael MANN, il avoue n’avoir jamais lu le roman et s’être appuyé sur le scénario de Philip DUNNE (je crois) du vieux film avec Randolph SCOTT…
J’ai donc toujours caressé l’envie d’adapter le plus fidèlement possible ces 5 romans, chose qui ne s’était encore jamais faite dans son intégralité…
La possibilité m’est venue chez SOLEIL…Le résultat ?…J’ai fait au mieux. L’éditeur a trifouillé, coupé les romans en deux…supprimé des illustrations…pas vraiment ce que j’avais envisagé. Mais les 5 romans ont été adaptés, et les albums originaux sont devenus très recherchés et très cotés en France…

En particulier, quelle a été la plus grande difficulté que vous avez relevée lorsque vous avez représenté les caractères dans les images de Cooper, les tribus indiennes, les lieux de forêts denses, les Grands Lacs et les guerres entre les Français et les Anglais? Avez-vous fait un travail soigné de documentation?

 J’ai toujours eu la passion de l’Histoire, du costume, des tribus indiennes. J’ai accumulé au fil des années des masses de documents…Ajouté à ça une iconographie popularisée par Bandes Dessinées de qualité et cinéma hollywoodien…Reconstituer l’environnement, les décors et costumes de la deuxième moitié du XVIII° siècle et le tout début du XIX°, n’était pas une tâche trop ardue (bien que la plupart des productions cinéma n’ont jamais été tournées en Nouvelle Angleterre mais en Orégon, King Vidor, Utah, John Ford, Californie ou pire Allemagne ou Espagne !!!)
Le plus difficile a sans doute été « LES PIONNIERS » de reconstituer la vie quotidienne et les intérieurs de la colonie qui s’embourgeoise…
La grosse difficulté a été de tailler dans ces romans foisonnants, de rendre très lisible une littérature qui s’apparente plus au romantisme exotique de CHATEAUBRIAND (ATALA, les NATCHEZ) qu’au roman d’aventures simples…de les rythmer pour une lecture BD tout en restant le plus fidèle possible sans surtout les trahir…

Je crois que le talent, sans un exercice constant, ne conduit pas à de grands résultats. Il est également vrai qu’un exercice constant, seul, peut ne pas suffire à émerger, en particulier dans le monde des bandes dessinées.

Quels sont à votre avis les secrets pour devenir un dessinateur de bande dessinée de succès?

Je ne saurais dire, et même avec l’expérience de plus de 40 ans d’exercice de ce métier je n’aurais guère de réponse ni de recette…Il est sûr que l’on a (j’ai, ne connaissant bien que mon expérience personnelle) une idée dans la tête et il faut l’exprimer par la main en l’occurrence…Au début l’écart en la pensée rêvée et l’aboutissement écrit ou dessiné est énorme.. au fil du travail, de l’habitude, de l’habilité cet écart diminue, se restreint…mais on n’arrive jamais, du moins dans mon cas, à concrétiser son rêve…que la main restitue exactement la pensée.. Plutôt que d’essayer et de perdre mon énergie à courir les médias, intriguer, pour qu’on parle de moi et de mes albums…j’ai préféré passer mon temps à faire ce qui me faisait le plus plaisir…Raconter des histoires , tant pis si elles ne suivaient pas les modes, le mieux que je pouvais, en en étant le premier lecteur, en les concevant comme ce que j’aurais aimé lire quand j’étais gamin ou simple lecteur…Tant mieux si ce plaisir, d’abord égoïste, a été partagé par beaucoup…Tant pis, hélas quand ce n’a pas plu…De mon côté, j’ai toujours essayé d’être honnête.. Les scénarii les plus ambitieux ont peut-être été les plus difficiles et ont moins plu que des séries où l’on a pu croire que je cédais au « facile »…

Le plus gros échec a été avec une série inspirée du roman de Kenneth ROBERTS    » LE GRAND PASSAGE » et du film de KING VIDOR…le jeune dessinateur choisi par SOLEIL était un faussaire, uniquement capable de copier des photos de films ou d’autres dessins, il ne s’intéressait ni au sujet, ni à l’époque…Mon scénario est devenu un salmigondis de cow-boys, d’indiens des plaines, de séminoles et de copies de mauvais dessins du « GRAND BLEK » !!!…Quand on n’y croit pas, on ne trompe pas longtemps le public…C’est peut-être la seule « recette » que je pourrais donner, ça n’assure pas le succès, mais passionnez-vous pour votre sujet, donnez votre meilleur et ce sera peut-être communicatif…

– Les lecteurs passionnés de la bande dessinée d’aventure, sont, principalement, d’âge moyen ou des personnes âgées qui de jeunes lisent les romans des grands auteurs du ce genre littéraire. Sont peu, par contre, les filles et les garçons qui s’intéressent à ce monde, parce que, la plupart du jeune public est attirée par Manga et Marvel Super-héros.

Comment expliquez-vous ce phénomène? Que pensez-vous qui peut être fait pour amener les jeunes à la bande dessinée d’aventure?

C’est générationnel…A chaque âge correspond le divertissement qui les a enchantés dans leur enfance ce qui leur a été proposé en masse… Avant c’était la littérature retranscrite par le cinéma…La bande dessinée Dans ma jeunesse, les années 1950, le genre prépondérant était le western: Cinéma, feuilletons, bandes dessinées, puis télévision…On ne voyait que du western… Ensuite il y a l’aventure d’espionnage à la James Bond, puis le polar. Dans les années 70, la Science-Fiction a explosé dans la littérature populaire et les Super héros dans la BD…Puis le Manga dans les années 90… Les genres les plus faciles, où il n’y a aucune recherche à faire, aucune documentation on séduit les publics les plus paresseux…Les rêveurs en univers débiles tout cela multiplié par les moyens modernes…Jeux PC, tablettes, animation virtuelle..

Pour s’intéresser de nos jours à la guerre de Sept ans (Franco-indienne) ou la guerre d’indépendance des Etats -Unis il faut la chercher dans « Assassins Creed »…

Chez vous en Italie, le western est resté vivace grâce à un énorme succès comme TEX…Chez nous il y a eu BLUEBERRY, mais depuis la mort de Jean GIRAUD…Tous ceux qui s’y essayent vont vers l’échec… ça ne m’a jamais empêché de persévérer et toujours revenir à ce genre de prédilection…

A côté de l’aventure que je raconte, j’essaye toujours que le lecteur une fois qu’il aura lu, en plus du plaisir qu’il a pris (s’il en a pris) ait appris quelque chose en lisant…Et tôt ou tard, il en restera quelque chose…

Les genres passent et reviennent…il ne faut jamais désespérer de rien…Par exemple le PÉPLUM il a eu plusieurs périodes de gloire et grandes éclipses…Dans les années 50/60, les énormes productions américaines à Cinnecitta, ont été suivies d’une multitude de productions Italiennes puis ça a disparu au profit de très mauvais westerns (exceptés LEONE, DAMIANI et quelques CORBUCCI…Même pas 10 en tout)..Tout le monde a dit  » Le Péplum est mort à jamais »!!!

Puis il y a eu « GLADIATOR » inspiré à RIDLEY SCOTT par un simple tableau le J.L.GERÔME.. Depuis le péplum revit et chez nous des BD comme MURENA, LES AIGLES de ROME, VAE VICTIS ont eu un énorme succès… En persévérant et offrant de la qualité…D’autres genres reviendront aussi, il suffit d’un succès et d’un engouement…

 

Hommages à Uderzo

N°3 ALBERT UDERZO…

Il y a peu, à l’occasion des 90 ans d’ALBERT UDERZO..Une plaquette hommage d’une grande partie de la profession a été éditée et offerte à ce formidable professionnel, dont la superbe carrière aurait un tout petit peu gagnée à s’arrêter à l’ avant dernier album qu’il a signé…

Alors qu’aucun ex-libris n’a été donné aux auteurs, tous partants pour cet hommage bénévole, les chacals, eux, ont réussi à s’emparer de la totalité et les proposent déjà sur Ebay entre 10 et 30 Euros..Y a pas de petits profits, prêts aussi à vendre les miettes et les rognures d’ongles ?

Hommages à Cuvelier

N°2 PAUL CUVELIER

Encore un des tout débuts, presque en même temps que JIJE…La perfection du dessin classique de CUVELIER m’aurait fait penser à de la photo, s’il n’y avait eu en plus cette vie, ce mouvement…CORENTIN CHEZ LES PEAUX-ROUGES m’a aussi tant fait rêver….Plus tard, j’ai appris que le scénario était de mon vieil ami ALBERT……Il y a quelques mois, à l’occasion d’une expo/hommage à CUVELIER on m’a demandé aussi une modeste contribution….Comme les malheureux qui se sont frottés assez lamentablement aux couvertures de JIJE…J’ai commis ce petit dessin..Un peu comme un gosse qui essaye de reproduire tant mal que bien les oeuvres de son idole..

Hommages à Jijé

N°1 JIJE

Quantité de dessinateurs de BD m’ont fait rêver et baver, et envier leur talent…Au départ de ma « vocation », il y eu quelques phares..Quelques maîtres absolus..Le Belge Joseph GILLAIN dit JIJE,  en a été un des tout premiers, avec l’Italien Rinaldo D’AMICO dit ROY D’AMY et l’Américain WARREN TUFTS…

Le premier album que j’ai lu et gardé assez longtemps pour l’éplucher en tous sens a été BADEN POWELL de JIJE..Un petit voisin, un peu plus âgé que moi , RIRI, dont le père avait un commerce de cycles dans la cour de l’immeuble où habitaient mes parents, l’avait eu en cadeau pour NOËL (sans doute 1950) et me l’avait longuement prêté…J’en connaissais des pages que j’avais déjà vues en dernières des magazines SPIROU que l’on achetait à mon cousin.. qu’il m’était autorisé à compulser, mais interdit absolument à emporter chez moi…Sans doute avec l’aide de Mère et Grand-Mère, j’ai lu entièrement cette biographie que Jijé avait consacrée à BP..Puis j’ai du le lire et le relire tout seul….

Cet album BADEN POWELL a certainement été le déclic de mon intérêt pour les Zoulous et à la base de ma série (la plus connue ?) ZOULOULAND…

Il y a quelques années François DENEYER a monté à Bruxelles un premier Musée à la gloire de JIJE..Il demandé à plusieurs dessinateurs plus ou moins dans la lignée du maître de réaliser de fausses couvertures de ses albums en hommage…Pari presque impossible..Comment rendre hommage à plus fort que soi sans être ridicule en comparaison…

J’ai quand même tenté la chose et demandé à Mr DENEYER de faire un « BADEN-POWELL..Hélas me dit-il..L’album est déjà pris par quelqu’un d’autre…Autre tentative..Autre phare..BLUEBERRY…J’ai pris la parti de faire un contrechamp de l’album original…DENEYER apprécie, mais me dit »BLUEBERRY » c’est GIRAUD, pas JIJE…Objection mon capitaine..La couverture du T.1 FORT NAVAJO est de JIJE…Et le Brave JOSEPH a supplée l’absence de JEAN parti au Mexique sur 2 albums…
TONNERRE à L’OUEST et le CAVALIER PERDU pour une bonne trentaine de planches au moins..  Du coup DENEYER me prend mon BLUB..Et dans la foulée me dit « Oh! c’est tellement votre sujet, faîtes-moi un BADEN POWELL aussi…

Le Musée JIJE a connu quelque infortune et François DENEYER a remonté une structure..Une édition, un site…www.jije.org. Vient de paraître un magnifique album 28 cm x38 cm de 180 pages ..Toilé Noir et Blanc avec l’album complet..la reproduction des originaux retrouvés..une partie biographique et documentaire et en petit bonus deux beaux ex-libris..l’hommage d’Emmanuel LEPAGE et ma modeste contribution.. Le tirage est très limité.. Si vous avez les moyens, ne manquez pas l’objet…

DCF 1.0
DCF 1.0
DCF 1.0

 

Bouffe-Doublon

Dessinateur: Jean-Claude Cassini

Scénariste : Simon Rocca

Coloristes:

Tome 1: Jean-Jacques Chagneaud

Tome 2: Jocelyne Charrance

Tome 3: Jean Claude Cassini

 



Truculent, jouisseur, menteur, charmeur, dénué de scrupules, d’un cynisme à toute épreuve, tel est Adam Francis Wolfe, surnommé « Bouffe-Doublon », capitaine pirate anglais d’une témérité folle…
Ayant saisi un fabuleux trésor espagnol, il se voit contraint de l’abandonner à des cannibales d’une île du Pacifique…
Il n’aura de cesse de recomposer un équipage de brigands, filous, coupe-jarrets et autre racaille pour partir à la retrouvaille de son trésor… tout en évitant Espagnols, autorités, anciens complices et avec la ferme intention de se débarrasser de ses nouveaux « amis ».

Barca

Dessinateur : Michel Suro

Scénariste : Simon Rocca

Coloriste : Frédéric Bergese



L´action se situe au début de la première guerre punique, en -256, et met en scène le sénateur romain Régulus (dont on connaît la fin tragique puisqu’il finira horriblement torturé) pris au piège de son honneur. l´armée du général romain envoyé en expédition en Afrique a été battue par les carthaginois, et Régulus et alors envoyé à  Rome pour négocier la paix.

Corpus Christi

Dessinateur: Gerard Mathieu

Scénariste : Simon Rocca

2 albums en 1991 et 1992.

Les deux albums forment une histoire complète, d’autres aventures étaient prévues mais n’ont jamais vu le jour.



Corpus Christi ?… c’est le « Corps du Christ ».
C’est aussi le nom d’une bourgade du vieil Ouest. Et cette bourgade a quelqu’un de particulier : son shérif.
Kerrigan Keoch, en effet, a la particularité d’être unijambiste.
Et il n’est pas facile à vivre, Kerrigan, surtout avec les hors-la-loi, les tricheurs aux cartes, bandits et voleurs de bétail qui rôdent dans cette région.
Il s’est fixé un but, Kerrigan : d’abord faire payer –et cher- les bandits responsables de son handicap et de bien d’autres meurtres également.
Et quand cette tâche sera terminée, et s’il y a survécu, il fera savoir aux « autres » que nul n’enfreint la loi à Corpus Christi.
Sauf à leurs risques et périls. A leurs périls plutôt…